marc Dantan Photographe

Géolocalisation

J'ai toujours aimé regarder les paysages qui défilent, bien installé dans mon fauteuil, à plus de trois cents kilomètres-heure. C'est une sensation agréable sur le monde. On se retrouve spectateur d'un tableau miniature où l’activité humaine semble plantée dans un décor de maquette ferroviaire. Un agriculteur laboure son champs, une camionnette livre sur une route de campagne, un homme seul marche dans une forêt perdue... La distance qui nous sépare et la vue surélevée nous plongent dans un film féerique et mystérieux.

J'ai commencé à photographier ces paysages en 2014 avec un vieux smartphone et ce n'est qu'en 2016 que les premiers résultats ont été satisfaisants grâce à l'association de sa faible définition et de la vitesse du train.

Influencé par Gerhard Richter et Edward Hopper, je recherchais une patine personnelle, ne pas imiter la peinture mais avoir de la consistance. J'aspirais à quelque chose de sensuel, de brut, d'une image sans retouche, qui donne envie de toucher, de palper l'oscillation du monde, comme d'un jouet dont on se saisirait avec bonheur.

J'ai ensuite inscrits les coordonnées GPS dans la photo pour interroger notre société contemporaine, saturée de technologies et en pleine mondialisation. C'est un nouveau composant dans la photographie, une donnée qui vient s'ajouter à l'instant T : la position.

Statique où en mouvement à grande vitesse, où suis-je ? Je n'en sais rien, absolument rien, je flotte... Cela vient juste donner un peu plus de mystère à l’existence et à notre place dans le monde et l'univers.

Ça peut aussi interroger l'Art, où se localise t-il aujourd'hui ? Entre les influences du passé et la folie du marché ? Quelle posture adopter dans l'acte de création, comment se débarrasser du passé sans en renier les influences ? Comment ne pas succomber aux effets de mode, comment rester soi même ?